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BEJAR PASSION

BEJAR PASSION

MES PASSIONS AU FIL DES JOURS

Publié le par Yvette
Publié dans : #Défi d'Evy, #Plaisir des mots, #Algérie, #Gouraya algérie, #gouffre

Cette semaine

" Le Gouffre "

--- Les 10 mots

Lentement, Emplit, excentriques, Embaume, Poudre, Esprit, Merveilles, Reflets, Géant, Cavité....

« Je marche sur les galets de la plage, ils sont doux et chauds. L’odeur iodée des algues fines et l’air salé sur mon visage m’enivrent.

Je flotte maintenant lentement au-dessus des vagues, je me sens bien.

Comme il fait beau et je suis si légère !

Je suis partout à la fois, je cueille des fleurs jaunes, des brassées de fleurs, du géranium odorant au feuillage ciselé, qui embaume le secteur, mes roses rouges,  je reviens sur la plage, je cours à pas de géant, je vole, mais oui, je vole, je ramasse des coquillages, je scrute l’horizon au reflet d’argent, saupoudré de vaguelettes blanches, je cueille encore des fleurs, je monte la rue vers le centre du village, je respire, j’emplis mes poumons d’air, je vis ! Les maisons si blanches sont toujours là. Je suis dans la montagne entre les pins et les chênes-lièges, je redescends, je suis infatigable. Mon esprit est libéré ! Libéré de cette paroi du temps.

Le rideau s’est enfin ouvert. 

Des émotions déferlent en moi, je suis fragile et forte à la fois. Je vis dans le magique et dans le réel. Je me sens en harmonie dans cet espace qui m’est connu et que j’attendais de retrouver depuis si longtemps et en même temps j’ai une crainte, une sorte d’excentricité , d'égarement que j’essaie de refouler au plus profond de moi. J’ai conscience de ne plus raisonner, je subis.

D’où me vient cette sensation de bien-être ? D’où me vient ce malaise qui s’insinue petit à petit ?

Il faut que je sache !

Mais non, à quoi bon, plus tard ! Il y a encore des fleurs à cueillir, des coquillages à ramasser, des ruelles à visiter ! Il fait si beau ! D’ailleurs il fait toujours beau ici.

Ici ?

Mais où suis-je donc ?

Tu le sais bien où tu es !

Tu le sais !

Mais oui, je le sais !

Enfin ! Enfin, je suis de retour au pays, oui… C’est ça, je suis revenue dans mon pays.

Mon Pays ! 

Quel bonheur ! J’ai réussi enfin à revenir, j’ai tout bravé et j’ai réussi ! La Méditerranée est là, immense devant moi, les paquebots au loin, je les vois, je les reconnais. Comme avant quand j’avais dix ans ! Comme avant ! J’ai pris le bateau et je suis arrivée à Gouraya ! 

Gouraya enfin !

Quel bonheur !

Oui mais…Je sens encore en moi ce trouble, comme une appréhension. Malgré moi, je frissonne d’inquiétude mais aussi de joie. Je suis au supplice. Je n’ai plus de raisonnement. Je commence à douter, à m’affoler. Il faut que je prenne garde, la chute va être terrible.

Il faut réfléchir et vite, vite.

La torture commence à s’insinuer, de plus en plus lancinante ? Qui est près de moi, en ce moment ? Avec qui est-ce que je partage ces moments de bonheur ? Et puis quel bateau ai-je pris pour arriver ici ? Ou alors quel avion ? Comment s’est passé le voyage ? Il faut à tout prix que je sache. C’est la condition pour ne pas sombrer dans le désespoir dans ce gouffre aux cavités enténébrées.

Depuis quand suis-je ici ? Oh ! Tout s ‘embrouille dans ma tête.

Non, ce n’est pas possible.

La cassure !

Le rideau se referme, c’est encore ce rêve, ce rêve qui revient tout le temps, il faut que je revienne sur terre, c’est trop dur. Et je me bats de toutes mes forces. Finalement je réussis à m’extirper de ce guêpier, je réussis à me persuader que c’est un rêve. Un beau rêve qui va se transformer en cauchemar si je ne réagis pas.

Le matin, au réveil, je me sens abattue.

Une impression de vide, il me manque quelque chose,

on m’a pris quelque chose ! 

Mon cœur est resté accroché en lambeaux sur chaque arbre de la forêt, sur chaque rocher des criques, dans chaque ruelle de ce village.

La nuit je me retrouvais enfin dans ce pays qui m’a vue naître, telle que j’étais. Moi-même !

Ma Terre, je l’avais emportée dans mon cœur, dans un pays que je ne connaissais pas et qui allait devenir le mien ; je l’avais trimballée à travers mes âges et je la retrouvais chaque nuit.»

Et c’est ainsi depuis plus de soixante ans ! Peut-être un peu moins souvent qu’au début et avec un peu moins d’intensité.

Les premières années, les réveils étaient terribles. N’en pouvant plus, j’ai fini, un soir, avant de repartir dans mon sommeil, par me dire qu’il fallait que je réussisse à faire entrer un peu de lucidité dans ce rêve.

Et j’ai réussi.

Faire arrêter ce rêve avant qu’il ne finisse en cauchemar.

Jamais je n'oublierai mon pays natal : l'Algérie

et mon village: GOURAYA.

 

Commenter cet article

gazou 13/10/2019 18:21

Très beau texte ! très touchant !Cela nous permet de comprendre un peu ceux qui ont vécu ce déracinement ! Merci Yvette !

kimcat 12/10/2019 19:05

C'est un texte magnifiquement écrit... Tes racines sont là-bas en Algérie...
Je t'embrasse ma chère Yvette

jazzy57 12/10/2019 13:49

Superbe texte Yvette qui prend aux tripes . Un rêve que tu peux orienter maintenant c'est bien, car oui cela aurait pu tourner au cauchemar systématique . Tu es restée combien d'années à Gouraya ?
Bonne journée
Bises

jill bill 12/10/2019 10:23

Son sol et ses racines, même quittés un jour pour d'autres cieux restent ancrés en soi... belle page Yvette, merci... bises

Yvette 12/10/2019 12:06

Mes réelles racines sont en France mais ma terre, c'est l'Algérie. Il faut quand même penser que ça fait 67 ans que je vis en France, et je ne vais renier pas ces racines là. Mes parents n'ont vécu que 20 ans de l'autre côté de la Méditerranée, pour la carrière de mon père , juste le temps pour nous les enfant d'y naître.

maposie 12/10/2019 08:56

Bonjour, ce rêve est bien émouvant !

Yvette 12/10/2019 12:08

Il m'arrive d'en rêver encore mais c'est plus éphémère, instable.

colettedc 12/10/2019 03:29

Comme c'est prenant, ton texte, Yvette !!! Si au moins tu avais pu y retourner une fois, hélas !!!
Doux week-end et gros bisous♥

Yvette 12/10/2019 12:10

Peut-être que j'aurais été déçue, mais j'ai écrit un livre, je l'ai bien vendu là-bas, car j'avais repris contact avec mes amies algériennes.

Evy 11/10/2019 20:37

Quel histoire Yvette triste rêves faut y retourner ton texte prends au cœur merci pour ta belle participation passe une bonne soirée bisous
Oui c'est mieux de laisser le liens

Yvette 12/10/2019 12:10

Trop âgée pour y retourner, ma santé ne me le permet pas!

Martine Martin 11/10/2019 19:38

Un beau texte qui m'à émue sur la fin. C'est triste de ne pouvoir revoir un endroit où on a vécu et où on a ses racines quand on a envie d'y aller. Bisous

Yvette 12/10/2019 12:11

Mes racines de terre, sinon elles sont françaises, mais ma TERRE c'était tout pour moi.

Jean-Marc 11/10/2019 19:06

C'est vrai que l'idéal aurait été de pouvoir y retourner. Un rêve qui obsède mais qui part de souvenirs tellement beaux ...

Jean Marc 12/10/2019 12:46

C'est très touchant

Yvette 12/10/2019 12:13

c'était un rêve obsédant, surtout dans ma jeunesse et à l'époque pas question d'y retourner il y avait la guerre. Mon mari a fait son armée là-bas et j'ai eu la chance de le retrouver VIVANT, ma terre l'avait protégé.

ZAZA 11/10/2019 18:26

Ce n'est pas un rêve Yvette mais un véritable cauchemar !
Bises et bon vendredi

Yvette 11/10/2019 18:38

Oh! si au début c'est un beau rêve, c'est magnifique, un vrai rêve, mais quand je me réveillais c'était terrible, j'étais en France et non en Algérie.J'ai fini par me dire qu'il fallait que je me pose la question, comment es-tu venue? et là ça s'embrouille et ça s'arrête plus vite.

Renée 11/10/2019 17:02

Il faudrait peut-être que tu y retourne pour faire arrêter ce rêve, c'est peut-être un signe justement pour que tu y aille.......
Joli texte mais dur ce rêve. Bisous

Yvette 11/10/2019 18:35

Quand j'étais plus jeune j'aurais pu partir mais j'ai eu de gros soucis de santé et maintenant je suis trop âgée. Voilà! merci de ta visite Renée

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