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BEJAR PASSION

BEJAR PASSION

MES PASSIONS AU FIL DES JOURS

Publié le par Béjar
Publié dans : #Gouraya algérie

Un passage de mes écrits sur Gouraya

Les palmiers

 

L’allée de palmiers partait du borj et montait jusqu’au fort, qui servait de gendarmerie. Dans le bas de cette allée, au croisement avec la route nationale, il y avait donc à gauche, la mairie et à droite, la poste. Et derrière chacun de ces bâtiments, une autre place. Tout était symétrique. Il y avait un abreuvoir dont l’eau coulait à partir d’un tuyau en cuivre, pour les mulets quand ils descendaient de la montagne avec leur fardeau. En face, sur l’autre place, l’animation était plus importante. Un café maure attirait tous les hommes du village. Un mélange d’odeurs envahissait le quartier : odeur de café mélangé aux épices, car sa spécialité c’était la loubia. Et notre mère piquait de sacrées colères à cause de cette loubia. A savoir que c’est un plat de haricots très épicés avec force felfel - piments - , et notre père ne pouvait pas passer devant sans s’arrêter. Il adorait ça et ne se privait pas. Et il en mangeait à n’importe quel moment de la journée et quand arrivait le moment du repas à la maison, il n’avait plus faim d’où les récriminations de notre mère.  D’ailleurs, il n’était pas seulement gourmand de loubia, non ! les cacahuètes, le couscous, les becess, tout ce qui était cuisine arabe le tentait sans oublier la fameuse anisette et sa kémia.

Plus on montait cette rue et plus les palmiers étaient petits, leur plantation devait être plus récente. J’ai une confidence à faire : cette allée est à moi. Elle m’appartient. Je l’ai trop vue en rêve, je l’ai trop arpentée, elle n’est à personne d’autre. De plus je sais qu’elle est toujours vivante. Savoir ces arbres encore debout, c’est un peu comme s’ils faisaient partie de ma famille. Je suis ainsi, j’attache beaucoup d’importance à la vie des plantes, des animaux, des humains. Chaque Gourayen, chaque vrai Gourayen doit penser la même chose que moi. Je suis moins Gourayenne que les natifs de ce village, mais ce dernier représente tant de choses pour moi, qu’il m’appartient un peu lui et ses habitants. Mais pour qui se prend-elle celle-là ? Une Française qui n’a vécu que six ans dans notre village et qui dit que nous lui appartenons. Où se croit-elle ? Qu’elle reste donc chez elle ! Et bien, non ! Même si des milliers de kilomètres nous séparent, même si je sais que je ne retournerai jamais là-bas, mon cœur est toujours le même et je suis fidèle. On ne pourra jamais arracher Gouraya de mon cœur. Il y est et y restera à tout jamais. « On peut sortir l’enfant du pays, mais on ne peut sortir le pays du cœur de l’enfant ». Ce philosophe indien avait certainement dit ça en connaissance de cause. L’enfance est innocente et ne voit pas le mal. Je n’ai pas été  confrontée aux événements qui ont traversé ce pays, ni avant la guerre, ni après. Pour moi, c’était l’Algérie de mon enfance. Pas question de colonisation. Notre mère ne nous a pas inculqué l’enseignement du mépris, mais  le respect de l’autre, la considération d’autrui. A ce sujet, j’ai une anecdote si tant est que l’on puisse dire que c’est une anecdote et je ne suis toujours pas fière de moi. Mais j’ai promis de tout dire ! J’ai à ma décharge mon jeune âge. Notre mère, comme toutes les mères, nous avait appris à dire « bonjour », à être polis. Ce que nous étions tous.
      Je devais avoir cinq ans puisque nous étions arrivés à Gouraya. Nous marchions dans la rue, notre mère tenant Arlette d’une main et moi de l’autre. C’était toujours ainsi, nous ne la quittions jamais, plus tard nous lui donnions le bras : Arlette à sa droite, moi à sa gauche. Il y avait du monde et nous croisâmes un monsieur, que notre mère salua en lui disant « 
Bonjour Monsieur » et moi de répliquer  « mais maman, ce n’est pas un Monsieur, c’est un Arabe». Je ne vous dis pas la leçon qu’elle m’a faite ! Français, Arabe, Juif, Espagnol, de sexe masculin devait être appelé « Monsieur », de même que pour les femmes, on les appelait « Madame ». Pour moi, un homme habillé à l’européenne était un Monsieur, je n’avais d’ailleurs pas de terme pour ceux habillés d’une gandoura. Il est vrai que s’ils avaient tous un nom, les Européens ne prenaient pas la peine de le précéder de « Monsieur ». De plus, ils avaient rarement droit au vouvoiement.

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