Dimanche 11 mai 2008

                                   Un extrait de mon livre sur Gouraya

                                                     Devant l'école

Devant chaque classe, une place. Et sur chaque place des arbres, des ficus, surtout devant la classe des grands. Ils étaient très touffus, avec des petites feuilles vert foncé et ils fournissaient des petites boules vertes qui tombaient par milliers sur le sol. Et notre plaisir, à nous, gamins, c’était de les écraser car cela faisait un petit bruit particulier. Je revois la petite boule : ce devait être une graine, creuse au centre et présentant un intérieur identique à une figue, mais en beaucoup plus petit et surtout, toutes rondes. Mais ce qui faisait que l’on s’en souvient d’autant plus, c’est que l’on  surnommait ces arbres : « arbres à chewing-gum». Tout simplement, parce qu’une simple blessure sur l’écorce et nos arbres pleuraient. Leur sève coulait comme de la résine mais cette sève était blanche, sans goût mais de texture caoutchouteuse – rien d’étonnant : le ficus et le figuier sont des  variétés de caoutchouc -  Nous, nous en faisions de la gomme à mâcher. Inutile de dire que les arbres avaient beaucoup de cicatrices. L’art était de faire son incision, à la fin de la classe, suffisamment haut pour que les petits ne viennent pas récolter le lendemain matin la sève tant convoitée. Et Jean-Claude, qui était un des plus grands, nous faisait trois incisions, une pour lui et une pour chacune de ses sœurs. Il fallait compter une nuit pour avoir de quoi « mâchouiller ». Libre à nous ensuite de parfumer ou sucrer ce morceau de chewing-gum. Moi, j’avais le don de le faire « virer » : l’amalgame se faisait mal, ma salive le transformait en une multitude de petites boules minuscules qui manquaient de cohésion. Et Arlette venait à mon secours en me le prenant, en me le remâchant et elle me le rendait ensuite ! On n’était pas dégoûté à l’époque ! Ces arbres avaient une autre particularité, c’est qu’ils étaient couverts de petits insectes qui adoraient se poser sur du jaune. Moi, je ne me souviens que d’une chose c’est qu’il ne fallait pas en avoir un dans l’œil, cela brûlait énormément…  Et la particularité des arbres de Gouraya, comme ceux de tous les villages d’Algérie, c’est qu’ils avaient leur tronc blanchi à la chaux. Dans le midi de la France on chaule aussi les troncs des arbres, surtout les fruitiers. Cette opération s ‘effectue en général tous les deux ans, l’hiver. Tout ceci afin de détruire les larves des parasites ou des champignons microscopiques qui se nichent sous l’écorce de l’arbre.                                                                                        

Sur la place de droite, il y avait aussi des arbres mais moins nombreux. C’était à cet endroit que tous les ans, au 15 août, pendant trois jours, une piste de danse était installée et il y avait bal le soir. La place et les rues étaient pavoisées de lampions comme pour un 14 juillet en France, de guirlandes électriques de couleurs différentes le tout accompagné de musique et de flonflons toute la journée, et puis des marchands de friandises ambulants. C’était la «Fête» ! Nous apprenions à danser la samba avec notre mère. Il y avait beaucoup de monde qui venait des alentours et aussi des estivants. Mais en fait, à part les marchands arabes qui circulaient autour du kiosque, la fête était européenne. Les enfants indigènes venaient grappiller quelques friandises mais les adultes ne participaient pas à la liesse. Nous nous gavions de bliblis : c’était des pois chiches préalablement grillés puis enrobés de sucre coloré, rose, jaune ou blanc et puis des cacahuètes dans des cornets de journal,  des dattes et des pralines. C’était l’époque des sucres d’orge, bonbons en forme de bâtonnets fins d’une dizaine de centimètres, striés de couleurs différentes, et percés dans le sens de la longueur,  fabriqués à base de sucre et d’extrait d’orge et enveloppés dans un genre de papier cellophane avec une petite oreille à chaque bout. Les gâteaux arabes que nous adorions, n’étaient pas nombreux, ils n’étaient pas fabriqués de façon industrielle, et très peu artisanale. Mais quand on pouvait s’en faire offrir, c’était la joie : des makrouts ou makrodes, des zlabias ou zalabias, des cornes de gazelle, des becess, des loukoums etc… le miel nous dégoulinait dans les mains.

publié dans : Gouraya communauté : ALGERIE par Béjar
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Moi

  • : Très passionnée par la nature en général.Ainsi je peins ce que je vois et j'écris ce qui ne peut être peint. J'écris sur mon pays natal: l'Algérie, Gouraya, Cherchell, Bou-medfa etc.
  • : France Nantes
  • : Femme
  • : Béjar

La peinture et moi





  La peinture et moi

La peinture et moi,
Nous étions amies d’enfance.
Elle, généreuse, enjôleuse.
Moi, sensible et romantique.
Nous étions complices,
Nous avions des rêves d’avenir.
Elle était ma gabare
Et moi son moussaillon.
Nous voguions entre des rives colorées,
Heureuses, radieuses.
La peinture et moi,
N
ous étions amies d’enfance.
Mais un jour, on nous a décriées.
On nous a séparées.
Et moi, avec l’innocence de l’adolescence
J’ai accosté et j’ai laissé sur le quai
Ma joie de vivre, ma passion.
Je l’ai reniée, ingrate, méprisante
Pour aller vers d’autres horizons.
La peinture et moi,
Nous étions amies d’enfance.
Mes pas, loin d’elle s’en sont allés.
Mais mon corps lui a donné sa revanche
A son tour, lui, a voulu m’abandonner.
Révolte, souffrance, démission,
Tourmente, affliction.
Je pars, ma vie ne tient plus.
Tout en moi n’est que regret.
Ma gabare, mon amie, où es-tu ?
La peinture et moi,
Nous étions amies d’enfance.
Elle a entendu ma prière,
A vu mon désarroi.
Elle est arrivée peu rancunière
Et nous avons retrouvé notre connivence.
Elle est là, mon amie.
Elle sait, elle a compris
Elle m’a montrée le chemin du mieux-vivre,
Patiemment, tout en douceur.
La peinture et moi,
Nous sommes amies d’enfance.
Nous glissons côte à côte sur une eau claire.
Elle est redevenue ma gabare
Et ma main a repris la barre.
Mais je suis à l’automne de ma vie
Alors mon bateau, quand je serai vraiment cassée,
Vogue sans moi sur le courant,
Vers un autre cœur
Car je sais que toi tu ne mourras jamais.

 

 

 





























































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